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30 ans à St Aubin du Cormier

30 ans à St Aubin du Cormier
30 ans de présence, 30 ans d’actions, 30 ans de soutien
Il reste une petite poignée de Bigors encore présents sur les effectifs du 11ème de Marine à se souvenir de leur arrivée à Saint Aubin du Cormier en août et septembre 1979.





Arrivée délicate et accueil frileux de la population locale, voyant partir le 41ème régiment d’infanterie, grand régiment de tradition bretonne qui a accueilli tous les enfants de la région depuis le début du siècle. Accueil timide de voir remplacés ces appelés ne quittant guère leur quartier par des engagés venant de toutes les régions de France. Accueil réservé pour ces jeunes soldats de la coloniale dont certains rentrent juste de leurs premiers exploits dans le lointain Tchad dans les sables chauds autour d’Ati et d’Abéché, aux confins du Tibesti.
Les Bigors arrivent aussi un peu à reculons. Certes leur cantonnement moderne (nous sommes en 1979) remplace facilement les vieux bâtiments des quartiers Beaumanoir et Du Guesclin, mais le camp de la Lande d’Ouée est dans un tel état d’abandon que leur tradition de bâtisseurs leur impose de relever les manches. Et puis, il y a bien sûr cette fameuse rue de la soif (ou rue en pente) si chère aux cœur des Bigors en panne sèche et à la recherche des cœurs des jolies Dinannaises.
Les habitants de la vallée du Couesnon et du pays de Saint Aubin du Cormier apprennent vite à connaître ces soldats qui narrent volontiers leurs nuits africaines dans les bars de la région ou dans les rues de Rennes et de Fougères. Ils réduisent la distance entre le pays gallo et les endroits les plus reculés du monde car la région va vivre à l’unisson des opérations et missions du 11ème de Marine. Ils entrent ainsi un peu dans l’actualité, voire dans l’histoire. Abéchè et Moussoro (1979), N’Djaména (1980), Beyrouth (1983), Salal et Faya Largeau (1984), Bouar (1985), Maripasoula, l’Acarouany et Twenké en Guyane en 1987, tous ces lieux inconnus pour la plupart de nos hôtes font désormais partie des discussions dans les villages des alentours du camp de la Lande d’Ouée. Plus que cela, ils s’intègrent au cœur du pays Gallo puisqu’à la différence des appelés, ils vivent avec leurs familles, intègrent les associations de sport et les milieux associatifs tout en remplissant les établissements scolaires.
Le régiment est déjà dans « sa » région lorsque arrive la guerre du Golfe en 1990-1991. C’est dans cette aventure, au moment des attaques sur As Salman et As Samayah en Irak, que s’est faite l’union entre la région et son régiment entièrement engagé dans une opération d’ampleur unique en son genre. C’est à cette époque que le régiment a bien senti le poids de sa commune d’adoption et des environs immédiats du quartier Lemonnier par la multiplication des actions de soutien et par les marques de sympathie spontanées.
Dès lors, et jusqu’à aujourd’hui, à l’heure où les batteries du régiment sont engagées dans les très dures opérations d’Asie Centrale, les Saint-Aubinais et leurs voisins sont plus que jamais présents par l’esprit et à nos côtés dans les actions extérieures du corps. La Bosnie de 1993 à 2001 qui voit défiler plusieurs unités et de nombreux individuels, Goma et le lac Kivu au Rwanda en 1994 où la 3ème batterie sol-sol est couverte d’éloges, les Comores en 1995 pour réduire les ambitions de mercenaires français, Naqoura au Liban en 2003 dans le cadre de la FINUL, Nizi et Bunia au Congo pour empêcher en 2003 la montée des rebelles et éviter des massacres, Pristina et Novo Selo au Kosovo en 2005 où le régiment compose le BATFRA 9 avec quatre de ses unités et son état major, le Tchad à nouveau en 2005, la Côte d’Ivoire de 2003 à nos jours avec une équipe d’observation prise sous le feu des avions ivoiriens en novembre 2004 à Bouaké, l’Afghanistan enfin depuis 2007 où plusieurs de nos OMLT sont prises à partie et où la SAM Kapisa ouvre le feu en CAESAR effectuant de fait le premier tir opérationnel de ce système d’armes. Tel est l’inventaire des faits d’armes du régiment, toutes ces actions de combat s’enchaînant les unes après les autres. Elles sont juste entrecoupées par des relents d’exotisme rapportés de La Réunion et de Mayotte, de Tahiti et de Nouméa, de Cayenne, Fort de France ou de Pointe à Pitre; toutes ces missions qui permettent aux hôtes des Bigors de comprendre la vie souvent agitée et parfois dangereuse des « hommes de la Lande d’Ouée ».
Parfaitement intégré dans sa région qui l’a soutenu au moment de la réforme de la carte militaire en 2008, le 11ème RAMa est désormais une institution bien ancrée dans le cœur des habitants de la région, qui savent l’apprécier et le soutenir en toutes occasions. Si le 11ème de Marine n’oublie pas Dinan sa ville marraine, les Bigors de 2010, fiers de l’héritage militaire et opérationnel des trente années de présence sur la camp de la Lande d’Ouée, peuvent se vanter de leurs actions comme de leur intégration dans leur terre d’accueil qu’ils sont toujours très heureux de retrouver après leurs longues périodes d’absence.

Lieutenant colonel GAGNAIRE
  
11 RAMa - Troupes Marines Les missions du 11eme RAMa
Agence Web : Atout Graph - Saint Malo